...La liberté redevient un mot incandescent, un mot de lutte, un mot de nécessité absolue...
Pour la première fois, Avignon Jazz rejoint le Printemps des Poètes. Et ce n’est pas un hasard.
Cette édition fait de la liberté son battement central : liberté de dire, de créer, de désobéir parfois, d’imaginer toujours. Une liberté jamais donnée, jamais acquise, qu’il faut sans cesse réinventer, défendre, faire vivre.
Car aujourd’hui, partout dans le monde, des droits vacillent. Des voix sont réduites au silence. Des corps sont contraints. La liberté redevient un mot incandescent, un mot de lutte, un mot de nécessité absolue.
Le jazz est né de cette brûlure. Il est né dans les failles de l’histoire, dans la violence de l’oppression, comme un souffle arraché à l’étouffement. Le jazz est une musique de survie et de dignité retrouvée. Improviser, c’est refuser les cages. Écouter l’autre, c’est reconnaître son existence. Jouer ensemble, c’est affirmer que la liberté n’est jamais solitaire, qu’elle est un espace commun à inventer.
Poésie et jazz partagent cette insoumission fondamentale. Tous deux déplacent la langue, brisent les cadres, ouvrent des brèches. Tous deux transforment le cri en forme, la colère en beauté, la résistance en partage. En participant au Printemps des Poètes, Avignon Jazz affirme cette fraternité profonde entre les mots et les sons, entre l’acte de créer et l’acte de résister.
Car jamais la culture, le spectacle vivant, ni celles et ceux qui les portent n’auront été aussi violemment fragilisés : coupes budgétaires, raréfaction des espaces de diffusion, durcissement idéologique, montée des réflexes autoritaires, attaques répétées contre la liberté d’expression. Face à cela, nous choisissons de ne pas nous taire.
Cette année, la programmation de l’Avignon Jazz Festival est consacrée aux voix.
Des voix qui crient la liberté.
Des voix qui portent la mémoire et dessinent l’avenir.
Des voix qui tremblent parfois, mais ne cèdent jamais.Des voix qui chantent, qui disent, qui improvisent.
Des voix qui osent crier cette liberté — fragile, indisciplinée, profondément vivante.
À l’image du jazz, nous revendiquons une liberté en mouvement. Une liberté collective. Une liberté qui écoute autant qu’elle s’affirme. Une liberté qui refuse l’oubli et choisit l’ouverture, la vigilance, le partage.
Gilles Louis-Éloi
Directeur d’Avignon Jazz Festival